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Publié par J.Bicrel

 

[Billets pédago.] Cette nouvelle catégorie est destinée à mettre en débat ce que j'ai en tête en matière de pédagogie... Les commentaires sont non seulement bienvenus mais aussi espérés puisqu'il s'agit pour moi de mûrir quelques réflexions plus ou moins abouties.


Le premier billet concerne les ENT (le E semble évoluer d'Environnement vers Espace, j'ignore pourquoi) puisqu'un nouvel ENT vient bousculer mon train-train (j'avoue : j'aime ça !)à l'école.


« Un espace numérique de travail désigne un dispositif global fournissant à un usager un point d’accès à travers les réseaux à l’ensemble des ressources et des services numériques en rapport avec son activité. Il est un point d’entrée pour accéder au système d’information de l’établissement ou de l’école ».(MEN 2006)


Et sur Wikipedia, cette présentation très convaincante des avantages :


Les ENT permettent à chaque utilisateur de travailler à l’extérieur de l’établissement dans des conditions optimales, de disposer d’un espace personnel de travail, de travailler en groupe.

[...]

De plus, l'ENT est un instrument de décloisonnement des activités d'apprentissage :

  • décloisonnement dans le temps : articuler le temps de la classe avec d'autres temps (continuité pédagogique) ;
  • décloisonnement dans l'espace : travailler en tout lieu de l'établissement scolaire et plus largement en tout lieu connecté à Internet ;
  • décloisonnement social : structure qui met en relation tous ses utilisateurs.

Moi c'est sûr, je lis ça et je suis convaincue et c'est déjà ce que je voulais faire de ce blog depuis sa création en 2008.

L'analyse de la question dans un article intitulé  Edublogging et Wikiattitude sur le site québécois Mario tout de go (licence creative commons) donne un peu plus de grain à moudre, le voici :

Tous les gestionnaires sont préoccupés par la problématique de l’intégration des TIC aux apprentissages. Certains privilégient une approche « objet technologique »: on introduit en masse des ordinateurs portables ou des Tableaux Blancs Interactifs (TBI) et on fait le pari que ce « geste levier » va bien faire le travail qui consiste à changer les pratiques pour mieux faire apprendre. D’autres privilégieront l’approche portail ou Environnement Numérique de Travail (ENT): on introduit un dispositif technologique (à la manière de ceux que les banques mettent à notre disposition par lequel on peut avoir accès à des services personnalisés, mais pédagogiques, dans le cadre d’une institution scolaire) qui fournit «à chaque utilisateur (enseignant, élève, administratif, technicien, mais aussi parent, intervenant extérieur…) un point d’accès unifié avec authentification unique (SSO), «login/mot de passe», à l’ensemble des outils, contenus et services numériques en rapport avec son activité»


Le plus grand paradoxe résultant de ces efforts à introduire la technologie à l’école réside dans le fait que la fracture numérique subsiste encore, après quinze ans de ce régime. Trois vagues successives d’autant de définitions de la fracture numérique seront suivies par une quatrième qui s’impose actuellement. Patrick Giroux (2009), professeur à l’UQAC a probablement raison de demander «aurait-on trop privilégié les ustensiles plutôt que le contenu et la formation?» Technocentriste, nous aurions vécu une première phase liée à l’accès aux TIC et ensuite aux usages. Ensuite, une troisième est liée aux écarts dans les compétences à les utiliser. À venir, peut-être, une fracture davantage liée aux types de réseaux sociaux auxquels on s’identifierait!

Même si l’approche axée sur les ressources et le développement de compétences donne certains résultats, je privilégie largement celle qui consiste à favoriser la publication Web et le réseautage social: en gros, elle consiste à mettre à la disposition de la communauté éducative des outils pour produire et échanger du contenu dans une perspective où le levier devient le travail en communauté d’apprentissage. La conversation Web et la coconstruction est au coeur des nouvelles pratiques des apprenants à ce moment. Une école tient un site Web de classe, par exemple, sous forme de blogue, où l’enseignant publie ses consignes et va même jusqu’à diffuser le contenu des exercices à faire. Dans certaines écoles, on va jusqu’à fournir à chaque élève un site du même genre, un blogue, où il publie ses travaux et ses réflexions. Le dispositif de blogue prévoyant un endroit pour faire des commentaires, les parents, les copains ou le professeur utilise le site pour échanger sur les apprentissages réalisés, en public, où s’ajoute les internautes qui surgissent par un lien référé d’un moteur de recherche qui a indexé le contenu produit par l’apprenant. N’est-ce pas motivant de faire son travail pour tout un groupe de personnes plutôt que pour un enseignant, seulement?

La simple prise de notes peut devenir «sociale», on l’a vue avec Twitter, un outil de microblogging. L’indexation en provenance des moteurs de recherche et l’apparition des fils RSS ont fait en sorte que les gens se sont mis à réaliser qu’ils pouvaient devenir de véritables producteurs de contenus et qu’ainsi, ils favorisaient des apprentissages encore mieux intégrés. Pour objectiver ses apprentissages autant que pour partager une trouvaille (et des notes de cours) ou débuter la construction de son patrimoine d’apprentissage, les blogues, qu’ils soient utilisés en tant que dispositifs de portfolios numériques ou de simples carnets de bord, offrent à l’apprenant de grandes possibilités. Le portfolio numérique, entre autres, accueille autant les traces du processus d’apprentissage que les travaux qui deviennent le témoin des apprentissages réalisés. Les murs de la classe tombent! L’interactivité qui est coeur de la dynamique des blogues (et des natifs du numérique) devient un levier de promotion du «conflit sociocognitif» (Lestage 2008). La pratique des blogues en milieu scolaire (primaire et secondaire) étant «vieille» de sept ou huit ans, quelques retours d’expériences sont maintenant accessibles.

Charles-Antoine Bachand (2009) élabore davantage dans un dossier qui porte sur les blogues en tant que thématiques particulières reliées à l’intégration des TIC en enseignement collégial. Il explique d’abord ce qu’est un blogue :

«Chaque billet ajouté au blogue est généralement composé d’un texte, d’images, de vidéos, d’enregistrements sonores ou d’hyperliens. Pourtant, ce qui fait d’un journal Internet un blogue, c’est la possibilité qu’il offre aux lecteurs de commenter les billets de l’auteur à même la page Internet. Ainsi, ce qui différencie le blogue du site Internet plus traditionnel, c’est justement son dynamisme et son interactivité. L’auteur y apporte régulièrement des modifications en publiant de nouveaux billets et le lecteur peut y ajouter les réflexions que lui font naître ceux-ci.»

 

Les blogues peuvent servir de «puissants leviers pour faire apprendre» quand ils sont utilisés comme des dispositifs de partage et de réflexion, tels des portfolios numériques d’apprentissage. Surtout, en milieu minoritaire, ils peuvent devenir «un moyen pour améliorer les résultats en littératie» (Manzerolle 2009). Ils contribuent à «abattre les murs de l’école», comme en font foi deux expériences à succès entreprises au début des années 2000; celle de l’Institut St-Joseph au Québec et celle du Centre d’Apprentissage du Haut-Madawaska, au Nouveau-Brunswick.

Au-delà de la dynamique des blogues, les systèmes de gestion de contenu de type wiki (des dispositifs avec lesquels on peut facilement produire et gérer du contenu en vue de le diffuser sur Internet) sont aussi au coeur de la nouvelle dynamique des apprenants. Certes, le site phare le plus évocateur de la puissance subversive des wikis est celui du projet Wikipédia qui regroupe dans chacune de 22 langues différentes (sur plus d’une centaine) plus de 100 000 articles construits par les utilisateurs-internautes à même les pages Web du moteur de la Fondation Wikimédia. Peut-on se fier à du contenu publié sur ce site où le dernier internaute de passage peut avoir modifié la page Web? Patrice Létourneau (2005) a regroupé plusieurs études qui valent la peine d’être consultées, en réponse à cette question. Si on s’entend généralement pour dire qu’il y a un risque de citer sans mise en contexte « l’encyclopédie » Wikipédia, les experts sont nombreux à dire que c’est le lieu par excellence pour y débuter une recherche… Et après, on dira que Wikipédia n’a rien à faire dans nos établissements d’éducation?

Le wiki permet un travail « à plusieurs mains » et possède des applications «cousines», Google Doc et Google Wave qui permet en synchrone (en temps réel, donc, «proche parent» du wiki qui lui, ne permet que le travail «les uns après les autres»), de travailler sur le même document tout en étant à distance les uns des autres.

Apprendre à échanger des points de vue divergents devient encore ici l’une des clés de ce monde où s’affirmer est souvent bien plus utile que de « rentrer dans les rangs »! Pas étonnant que les expériences de coconstruction au niveau des enseignants soient si rares d’un point de vue institutionnel. [...]

La question de la place des blogs dans les ENT m'intéresse plus pariculièrement. L'analyse intitulée Note de synthèse N°3 : la place des blogs dans les ENT de :

Pour clarifier la discussion sur la place des blogs dans les ENT, il faut distinguer deux fonctions : une fonction de communication et une fonction pédagogique.

Pour communiquer sur le Web, la solution du blog est aujourd’hui la plus accessible et la plus appréciée. Elle permet à peu de frais d’éditer un site Web avec deux avantages décisifs : une mise à jour des contenus particulièrement facile et des possibilités immédiates d'interactions avec les lecteurs. Dans le contexte scolaire, ces deux avantages sont évidemment très importants.

Mais les blogs ont aussi une fonction pédagogique. C’est elle qui est exploitée dans le contexte des billets cités. Les collégiens créent un blog à l’occasion d’un voyage ou pour présenter les résultats d’un IDD ou de n’importe quelle autre projet collaboratif. L’intérêt pédagogique d’une telle activité est évident. Il l’est d’autant plus que le blog n’est pas une « cerise sur le gâteau » venant couronner une activité pédagogique ordinaire mais qu’il est incorporé dans la démarche pédagogique, ce qui suppose en particulier que le blog soit évalué au même titre que n’importe quelle autre production scolaire (devoir, exposé). Dans les exemples donnés par Jean-Paul Pinte, les blogs sont même présentés comme des outils d’évaluation à part entière. Le blog est l’unique produit résultant de l’activité pédagogique et c’est donc par lui seul que l’activité est évaluée. Un jour peut-être, une épreuve blog au baccalauréat ?

Mais la fonction pédagogique des blogs telle qu’elle est mise en pratique dans les exemples cités peut entrer en conflit avec la fonction de communication du blog, fonction dont celui-ci hérite tout naturellement de ses origines puisque, au départ, un blog, c’est un outil de communication. [...] Ce problème est bien identifié par l’un des commentateurs qui, après avoir visité les blogs de laclasse.com, observe que la plupart d’entre eux sont des friches non exploitées et donc inutiles du point de vue de la communication. Ce à quoi très naturellement, Yves-Armel répond en mettant en évidence la nature pédagogique des dits blogs.

Ce n’est pas tout-à-fait un dialogue de sourds. Les deux fonctions, pédagogique et communicationnelle, ne peuvent pas être absolument séparées. La publication sur le Web a des spécificités qu’il serait vain d’ignorer dès lors que l’on se trouve en contexte pédagogique. Au contraire même, les pédagogues ont intérêt à l’exploiter pour renforcer l’efficacité pédagogique des activités qu’ils proposent à leurs élèves. De ce point de vue, le commentateur du billet de Yves-Armel (un visiteur venu d’ailleurs) a raison.

Mais les "communicants" ne doivent pas pour autant ignorer que l’essentiel du bénéfice d'une activité pédagogique n’est pas dans le résultat mais dans le processus. Le blog, en tant qu’objet communicant, peut être raté, mais la démarche pédagogique dont il est le résultat a pu être très efficace. En pédagogie, ce n’est pas le résultat comme objet qui compte, mais les effets cognitifs de l’activité sur le sujet. Comme le dit joliment François Lombard, c’est comme une bonne bouteille de Bordeaux : ce n’est pas le vin ni la bouteille qui comptent mais l’effet que le vin produit en « passant à travers » l’organisme.

Si l’on oublie ni l’un (un blog est un outil de communication), ni l’autre (un ENT est un espace à vocation pédagogique), alors on pourra se convaincre que dans les futurs ENT, la place des blogs pourrait être très importante, centrale même dans le sens fort du terme. J’en veux pour preuve le fait que beaucoup des ENT que les établissements se créent de façon indépendante, en dehors des grands projets régionaux, ressemblent à s’y méprendre à des blogs. Pour illustrer cette thèse, on pourra se référer à l’ENT du collège des Ourmes à Rennes qui ressemble fort à un blog ou au blog du collège Montaigne de Goussainville qui ressemble fort à un ENT.(Rédigé par Serge Pouts Lajus le dimanche 04 juin 2006 à 16h40)

Enfin, quel impact ces dispositifs peuvent-ils avoir et à quelles conditions ? Un début de réponse est donné ici par Marcel Lebrun de l'UCL:



edu-fr-tem-010-003-schema.jpg.png

 

Et puis on peut glâner ici et là quelques expériences enthousiastes ou désabusées.

Autour de ces questions gravitent en somme les notions de fractures numériques au pluriel, interactivité et conflit socio-cognitif, d'affirmation de soi et de coconstruction, de pédagogie et de communication, d'Internet ... à creuser.

Complément d'information : Le rapport Fourgous sur l'usage des TICE dans l'éducation en France vient d'être publié ce lundi 15 février par Le Café pédagogique. Reste à savoir dans quelle mesure ses recommandations seront suivies.

En tous cas les possibilités sont vastes, educnet a ainsi conçu 26 fiches :

 

Fiche 1 :
-écrire a plusieurs mains
une nouvelle

Fiche 2 :
-écrire un récit
a plusieurs classes

Fiche 3 :
-réaliser une
webographie
commentée

Fiche 4 :
-argumenter a l'écrit
par le biais d'un forum

Fiche 5 :
-
rafraîchir ses
connaissances

Fiche 6 :
-
disposer d'une trousse
a outils multimédia

Fiche 7 :
-
personnaliser
les apprentissages

Fiche 8 :
-
partager les notes
de cours

Fiche 9 :
-
enregistrer les résultats
de mesure en TP

Fiche 10 :
-
constituer un dossier
Fiche 11 :
-
animer l'apprentissage
du cours

Fiche 12 :
-
mutualiser des
observations
de terrain

Fiche 13 :
-
réviser autrement
Fiche 14 :
-
débattre pour préparer
une dissertation

Fiche 15 :
-
garder et regarder
des images

Fiche 16 :
-
apprendre à chercher
et organiser l'information

Fiche 17 :
-
valoriser ses
productionsartistiques
et culturelles

Fiche 18 :
-
recevoir des informations
actualisées et
personnalisées

Fiche 19 :
-
disposer des
informations relatives
au déroulement des stages

Fiche 20 :
-
bénéficier du travail
d'équipe
des enseignants


Fiche 21 :
-
être accompagné
dans une
démarche de recherche

Fiche 22 :
-
accéder a des
ressources choisies et centralisées

Fiche 23 :
-
prolonger la pratique
d'écoute du cours

Fiche 24 :
-
confronter les
représentations
sur une notion scientifique

Fiche 25 :
-
disposer de modes
d'emploi techniques

Fiche 26 :
-
s'entraîner a la
compréhension orale


Commenter cet article

J Bicrel 25/02/2010 23:15


Une étude éclairante sur la question http://isdm.univ-tln.fr/PDF/isdm37/ISDM_NEDEP_Cacheux.pdf et finalement une ouverture vers un futur imprévisible !


J Bicrel 24/02/2010 20:54


Une nouvelle pierre à l'édifice : les TICE vont-elles changer la pédagogie ? C'est là :
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2010/02/LesTICEchangerPedagogie.aspx


Complément d'analyse 17/02/2010 17:28


Le mot intégration est à bannir ! Parce que signifiant le fait qu’un corps étranger est transformé pour être accepté dans un milieu donné (ici l’école), le paradigme de l’intégration doit être
remplacé par le paradigme du métissage. En effet, contrairement à l’intégration, le métissage suppose que chacun des deux termes se modifie. Or l’organisation scolaire n’entend pas, pour l’instant
être remise en cause par ce choix du concept. Il n’y a pas de place pour les TIC dans la classe, telle qu’elle est. TBI ou ordinateur portable, boitiers ou écrans etc… n’ont rien à faire dans un
milieu dans lequel le tableau, la chaise et la table sont les insignes incontournables de la norme. Nous sommes ici dans un changement culturel. Lorsque l’on voit des enfants dans une classe à même
le sol, dans certains pays, ce qu’on veut pour eux en premier ce sont des tables des chaises, des crayons et un tableau…. afin de donner à la forme scolaire les signes qui lui vont si bien. Combien
d’enseignants qui ont pourtant essayé de changer les sacro-saints rangs d’oignons n’ont pas baissé les bras devant l’obstination à l’ordre des choses….

Le paradigme du métissage suppose que l’on aille modifier le plus intime de la forme scolaire. En 1992 une directive enjoignait les programmes disciplinaires à signifier clairement la place que les
TIC prenaient dans la construction des savoirs pour permettre aux élèves d’en prendre conscience, seules quelques disciplines s’en emparent réellement (et encore est-ce prescrit, la réalité est
parfois toute autre comme m’en témoignait une enseignante de SVT prisonnière de « son programme » de « son heure hebdomadaire, de « sa salle mal fichue », de « ses élèves qui préfèrent du magistral
» de son institution qui lui demande « ses notes, plusieurs notes » etc.

Le paradigme du métissage suppose l’on change les modes d’évaluation. Il y a bien longtemps que l’on a écrit que les effets des TIC sur l’apprentissage ne se mesurent pas avec des épreuves avec
crayon papier. Tout comme la LV1 qui s’évalue à l’écrit au Bac et dont on déplore que les élèves n’en maîtrisent pas l’expression orale. L’exemple du B2i, celui du CECRL et bientôt celui du socle,
à l’instar de la lente évolution de l’évaluation à l’école primaire, montrent que le problème de l’évaluation est centrale pour faire évoluer la forme scolaire. Si l’on recherche l’efficience à
court terme, on comprend que la notation traditionnelle appuyée sur le découpage disciplinaire strict à encore de beaux jours. Si l’on pense à la formation tout au long de la vie on peut se poser
des questions, surtout quand on considère l’extraordinaire déperdition des savoirs scolaires « non rentables » par la plupart d’entre nous. Les TIC permettent de basculer du produit au processus,
autrement dit de s’intéresser autant à comment se construit la connaissance que ce que produit cet apprentissage. Or si le constructivisme est bien évoqué dans le rapport, il n’ aucun sens sans un
changement radical de modalité d’évaluation.

Le paradigme du métissage suppose un changement de l’organisation scolaire. De nombreux enseignants ont bien constaté que la mutation la plus importante induite par les TIC et les ENT concerne
l’espace temps de travail de l’enseignant. Cette évolution, constatée dans de nombreux milieux professionnels, est encore plus criante dans un milieu qui définit l’emploi par des heures de cours
avant de le définir par des activités auprès d’élèves. Changer l’organisation scolaire c’est désynchroniser de plus en plus le temps de l’enseignement de celui de l’apprentissage. C’est réduire le
premier au profit du second, mais renforcer l’accompagnement dans le second. D’ailleurs les réformes du primaire du LP et du Lycée ont amorcé ce changement. Après l’Aide individualisée, le soutien,
les études, les modules, arrive l’accompagnement, mis en évidence par le rapport de R Descoings, il reste encore à définir, tant il est encore une coquille mal vidée qui comporte encore trop de ce
que l’on faisait avant et pas assez de ce nouveau rapport des jeunes au savoir…. et à la construction des connaissances.

Le paradigme du métissage suppose un changement dans la conception de l’identité enseignante. Les mutations en cours rendent de plus en plus difficile les relations traditionnelles des enseignants
avec les partenaires qu’ils ont au quotidien, collègues, hiérarchie, parents, et surtout élèves. Les TIC ont introduit des évolutions de la gestion des relations humaines qui mettent le système
scolaire en grand écart par rapport à la vie quotidienne. Or ce qui se passe en dehors de l’école touche inévitablement les fondements mêmes de l’autorité, du rapport au savoir, de la solidarité,
de l’égalité et bien sûr de l’équité. L’exemple du cahier de texte en ligne pour lequel nul ne se pose la question de savoir comment il change l’identité enseignante par rapport à la société est
illustratif du renversement nécessaire. Si le cahier de texte en ligne peut avoir une place dans le système scolaire ce ne peut être sans conséquences sur l’identité des enseignants parce qu’ils
offrent une surface de visibilité nouvelle, intéressante, mais qui demande une réflexion qui va au delà du simple « rendre des comptes aux familles »….

Le paradigme du métissage suppose aussi une évolution radicale de la conception de la scolarité dans une société qui a érigé la formation tout au long de la vie comme étendard mais qui fait tout
pour en freiner l’évolution. Quand les jeunes revendiquent la réversibilité des choix d’orientation, ils évoquent cet écart entre un monde souple et un monde rigide. Ils sentent bien que derrière
cette apparente rigidité (symbolisée par l’organisation scolaire) se cache une flexibilité indispensable (celle de la vie quotidienne). Les systèmes éducatifs qui semblent avoir les meilleurs
résultats (encore faut-il se méfier de cette analyse) seraient ceux qui autorisent cette flexibilité. L’école, et ses défenseurs de la forme scolaire, est justement en train de se raidir au moment
même où se développe ce besoin de flexibilité, au risque de l’incompréhension par les jeunes, et même par leurs parents…. Concevoir l’école comme un élément d’une chaîne tout au long de la vie
n’est pour l’instant qu’un discours. Les TIC, parce qu’elles permettent le dépassement de toutes ces frontières, introduisent de facto cette flexibilité. Pour que l’école y trouve une place
nouvelle elle doit renoncer à son « monopole intime ». Ce monopole est celui de tous ceux qui disent, à l’instar de ce que déclare le rapport Fourgous, reprenant certains propos parfois
extrémistes, « on apprend rien sans école ». Cela prend des formes variées dans le discours, mais revient in fine à la même chose à chaque fois. Mais en réalité la question est « qu’apprend-on de
plus, d’autre avec l’école ? ». Il ne s’agit pas de dire que l’école en tant qu’institution doive disparaître, mais bien qu’elle ne peut plus se considérer comme la seule légitime à pouvoir
permettre des apprentissages parce qu’elle détient le monopole de l’enseignement….
Si l’on veut passer de l’intégration au métissage, il ne suffit pas de mesures souvent externes au monde scolaire (équipement, formation, ressources, le refrain traditionnel), il est nécessaire
d’entamer une véritable interrogation sur l’ingénierie scolaire qui se fasse dans un cadre systémtique. Au risque, si cela ne se fait pas, de n’ajouter aux problèmes existants de l’école que de
nouvelles difficultés qui, au lieu de faciliter la tâche des enseignants les mettrait encore plus en difficulté… Les enseignants ont aussi besoin de pouvoir s’acculturer, mais pas sans leur
institution….
A suivre et à débattre. Bruno de Vauchelle


Josiane Bicrel 17/02/2010 10:28


Réaction pertinente au rapport Fourgous: «Passer de l'intégration à l'acculturation», http://bit.ly/9Wtd05
"Les enseignants attendent de ce rapport qu'il ouvre des portes vers une acculturation. Ils y trouvent de quoi espérer, mais presque trop, parfois". Docteur en sciences de l'éducation,
formateur-chercheur au CEPEC, Bruno Devauchelle connaît remarquablement les rapports difficiles entre les TICE et l'Ecole.  Il réagit, pour les lecteurs du Café, au rapport Fourgous. "