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Publié par J.Bicrel

Dans le sujet sur l'évaluation par compétences et plus particulièrement à propos de travail en équipes, j'ai déjà évoqué les avantages de l'hétérogénéité dans la mesure où chacun apporte ses connaissances, sa créativité, sa sensibilité, son sens de l'organisation... pour construire une oeuvre commune. La difficulté reste bien sûr de permettre l'engagement de chacun et donc d'empêcher le décrochage ce qui  renvoie à la question de l'hétérogénéité des savoirs et compétences face à la notion de niveau.... Cercle vicieux ?


Voici un article qui relate sans tabou la situation au Québec :

 

(Québec) Révolu, le temps ou un prof enseignait les mêmes règles de grammaire à tous les élèves de sa classe? L'intégration des élèves en difficulté dans les classes ordinaires a considérablement changé la donne.

Catherine* enseigne en sixième année dans une école primaire de Québec (1) Cette année, sa classe compte 24 élèves. Mais la moitié ne devraient pas y être.

Une douzaine d'enfants n'ont pas les acquis de sixième année. Catherine doit adapter son enseignement et le matériel scolaire en fonction de chaque élève. Devant elle, trois enfants de niveau cinquième année, dont deux avec des troubles de comportement. À leurs côtés, deux autres élèves de niveau quatrième année, un allophone et un enfant avec un déficit de l'attention. Quelques pupitres plus loin, trois élèves de troisième année et deux autres élèves de deuxième année, dont un avec un trouble de comportement et un autre avec un déficit de l'attention. Finalement, un élève remplit des cahiers d'exercice destinés aux élèves... de première année (2). Dans une classe de sixième année.

Catherine n'est pas la seule à devoir composer avec ces classes à géométrie variable. En point de presse hier, le Syndicat de l'enseignement de la région de Québec (SERQ) a présenté cinq portraits de classe similaires. «On retrouve des classes comme ça dans toutes les écoles, pas seulement en milieu défavorisé. Ce ne sont pas des cas d'exception», martèle son président, Denis Simard. Selon des statistiques provenant de la Commission scolaire de la Capitale, près de 300 élèves du primaire cumulent plus de deux ans de retard scolaire.

Le phénomène ne se limite toutefois pas aux écoles primaires. Diane* enseigne les mathématiques à des ados de troisième secondaire.(3) Dans sa classe de 32 élèves, seulement sept élèves sont considérés comme des élèves «réguliers», qui fonctionnent assez bien et qui ont de bonnes chances de réussir leurs examens de fin d'année. Mais leurs camarades de classe n'ont pas cette chance. Parmi eux, une douzaine d'élèves sont bel et bien de niveau troisième secondaire, mais ils ont des difficultés d'apprentissage, des troubles du comportement ou des problèmes de consommation. Six jeunes sont de niveau deuxième secondaire et cinq autres, de première secondaire. Deux autres ados, dont un allophone, ont tout juste les acquis d'élèves de sixième année.

Ambiance explosive

Cette situation crée énormément de tension, affirme l'enseignante qui compte 18 années d'expérience. «Je n'ai jamais vu autant de conflits, de violence et d'intimidation en classe», affirme celle qui y voit un «lien direct» avec l'intégration des élèves en difficulté. «Prenez un élève qui n'est pas du bon niveau et confrontez-le à quelque chose qu'il ne comprend pas pendant 200 jours de classe. C'est sûr qu'il va devenir agressif et violent. Ces élèves sont tellement dépassés qu'on en fait des décrocheurs», lance-t-elle. «On les voit se noyer au quotidien, mais on n'a pas les bouées de sauvetage qu'il faudrait leur lancer», ajoute une de ses collègues.

Pour ne pas décourager les élèves - et par souci de mieux refléter leur cheminement -, les écoles ont commencé depuis quelques années à adapter le bulletin en fonction du niveau de l'élève. Un enfant dans une classe de sixième année peut ainsi être évalué selon les exigences de troisième ou de quatrième année, par exemple. Toute une gymnastique pour les profs, déjà surchargés.

Mais comment expliquer qu'un jeune de 11 ans se retrouve en sixième année avec les acquis d'un élève de première année? En point de presse hier, le SERQ n'a pas voulu discuter de cas précis. Mais trop souvent, l'élève se faufile dans les craques d'un système scolaire dont les failles sont de plus en plus évidentes, affirme Denis Simard.

Parmi les élèves qui ont du retard, certains ont déjà redoublé une année. Mais il est impossible de faire redoubler un élève plus d'une fois. De toute façon, le redoublement fait rarement des miracles, selon les enseignants rencontrés hier.

Pour eux, la solution passe par des mesures de prévention et d'intervention dès l'entrée à la maternelle. Mais aussi par le retour aux classes spéciales, mieux adaptées aux besoins de ces élèves.

Au cours des dernières années, le réseau scolaire a privilégié l'intégration des élèves en difficulté dans les classes ordinaires. À la Commission scolaire de la Capitale, par exemple, il ne reste que huit classes spéciales au primaire, qui accueilleraient environ 120 enfants... sur 10 000 élèves.

Selon les statistiques du ministère de l'Éducation, le nombre d'élèves en difficulté a augmenté de 20 % au cours des cinq dernières années.

Daphnée Dion-Viens

le Soleil

* Les enseignants ont demandé l'anonymat pour ne pas porter atteinte aux enfants. Tous les noms sont fictifs.

SOURCES / http://bit.ly/9iFa1E

(1) sixième année primaire au Québec c'est la classe de sixième en France.

(2) première année de primaire au Québec c'est le CP en France.

(3) troisième secondaire au Québec c'est la classe de 3eme en France.

Avis, récits d'expériences, d'innovations... seraient bienvenus.

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